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Terre Adélie

Récit d’un hiver en Terre Adélie

Une aventure scientifique et humaine

Passionnée par les régions polaires, guide-naturaliste et médiatrice scientifique à bord du Commandant Charcot, Daphné Buiron a soutenu une thèse portant sur les sciences des carottes de glaces. En 2011, elle a embarqué sur L’Astrolabe pour réaliser un grand rêve : partir hiverner un an en Antarctique, sur la base française Dumont d’Urville, en Terre Adélie

” En hivernage sur la base Dumont d’Urville, 30 scientifiques passent huit mois isolés, sans ravitaillement.”

Entre routine bien rodée et recherche scientifique, les extraits de son journal racontent la vie solitaire et solidaire des chercheurs du bout du monde :

Décembre 2011. L’aventure commence. Je débute mon hivernage sur la base Dumont d’Urville, sur l’île des Pétrels, où j’ai obtenu un poste de chimiste glaciologue auprès de l’Institut Paul-Émile Victor, dans le cadre d’un volontariat au service civique. Alors que, durant l’été austral, entre les mois de novembre et février, la base accueille jusqu’à 100 personnes, j’ai décidé d’hiverner sur place. Durant plusieurs mois, nous serons une petite trentaine, dont quatre femmes. Pendant longtemps, seuls les hommes étaient autorisés à hiverner en Terre Adélie. Aujourd’hui, de plus en plus de femmes sont admises, même si elles restent encore minoritaires.

L’archipel de Chiloé au Chili

La Terre Adélie

Située entre les méridiens 132 et 140°, et entre le pôle Sud et la latitude approximative de 67°S, la Terre Adélie est découverte par l’explorateur français Jules Dumont d’Urville, le 21 janvier 1840. Navigant avec son équipage à bord de L’Astrolabe et La Zélée, il met pied à terre sur l’îlot du Rocher du débarquement, dans l’archipel des îles Dumoulin, à environ 4 km de la calotte glaciaire. Il décide de nommer ainsi la Terre Adélie en hommage à son épouse Adèle. La station française actuelle est installée non loin, sur l’île des Pétrels.

La dernière pomme

Nous nous apprêtons à vivre un hiver en autonomie totale. Pendant l’été, le navire ravitailleur effectue cinq rotations. Lorsqu’il quitte les lieux en février après avoir déposé les produits nécessaires et les derniers vivres que nous stockons dans différents réfrigérateurs, nous savons qu’il ne reviendra pas avant huit mois. Si les denrées sont très variées et les repas délicieux, les réserves en produits frais diminuent assez rapidement.

Fin août, déguster la dernière pomme procure un sentiment un peu angoissant – mais, qu’à cela ne tienne, nous terminerons l’hivernage avec des desserts en conserve !

L’archipel de Chiloé au Chili

En bonne compagnie

Après les derniers départs de nos collègues à la fin de l’été, même la faune, dans sa grande majorité, nous délaisse. Les oiseaux, les phoques, tous les êtres vivants quittent les lieux, migrant vers le large. C’est l’heure que choisissent les manchots empereurs pour réunir leur colonie et s’installer au bas de l’île. Difficile de décrire la sagesse qui émane de ces animaux, et l’importance de partager leur voisinage face à la rudesse des éléments de l’hiver. Ils marquent mon esprit à jamais. Nous devons rester vigilants et respectueux de cette faune qui est ici chez elle. Les bâtiments de vie sont d’ailleurs reliés entre eux par des grilles métalliques. Cela permet de ne pas se perdre lors des blizzards mais surtout, d’éviter de marcher au milieu des nids des manchots Adélie dont la colonie gigantesque occupe toute l’île en été.

Un rythme soutenu

Ce petit territoire qui paraît surpeuplé en été, redouble de charme en hiver. La banquise se forme, le terrain de jeu s’étend à tout l’archipel de Pointe Géologie et se prête aux promenades à pied et à l’exploration de ce fabuleux monde des glaces. Cependant, les moments de loisir sont rares. Le rythme de travail est soutenu, entre sciences et tâches ménagères. L’entraide est donc de mise, la pluridisciplinarité aussi. L’équilibre de cette vie en communauté repose sur la bonne entente, la bienveillance et l’attention de chacun. Il faut être aussi curieux, flexible… et motivé pour sortir quelle que soit la météo et cueillir des souvenirs inattendus ! Durant toute cette période où nous sommes livrés à nous-mêmes, la sécurité est également une priorité et nous réalisons de nombreux entraînements de secourisme et de médecine.

L’archipel de Chiloé au Chili

La base scientifique Dumont D’Urville

Cette base a été construite en 1956 par les Expéditions polaires françaises, dirigées par Paul-Émile Victor, dans le but d’asseoir une position territoriale stratégique de la France sur le continent Antarctique et de débuter les premiers programmes de recherche scientifique en région australe. Si la science australe représente un réel intérêt pour la France, maintenir l’activité de la base lui permet également d’assurer un droit de parole décisionnaire au traité sur l’Antarctique.

De mon côté, mon travail en chimie de l’atmosphère m’accapare et nécessite une grande minutie. Trois fois par jour, je me rends dans trois points différents de l’île pour collecter des échantillons d’air. Je les analyse ensuite au laboratoire. J’assure aussi la maintenance de nombreux instruments et la récolte des données des stations météo. Et lorsque j’ai un peu de temps libre, j’assiste mes collègues biologistes marins et ornithologues dans leurs missions d’étude de la faune. Une fois par mois, nous nous rendons sur le glacier voisin pour relever la hauteur d’un champ de balises glaciologiques. Un aller-retour à pied de plus de 3 h par des températures de -20° C, dans une lumière rasante. Nous en revenons avec les cils et les cheveux couverts d’un givre épais.

L’archipel de Chiloé au Chili

Jour de fête

Après plusieurs mois d’une routine spartiate, vient le jour de la Midwinter, le 21 juin, qui restera un de mes meilleurs souvenirs en Terre Adélie. Il s’agit d’un jour férié, comme le veut la tradition. La fête de la Midwinter marque le milieu de l’hiver et est célébrée en Antarctique depuis le XIXe siècle par toutes les bases australes. Les festivités durent toute la semaine et se préparent plusieurs mois à l’avance. Le matin du 21 juin, nous nous réunissons pour regarder, vers 11 h, le soleil se lever. Vers 15 h, il se recouche. À 17 h, nous partons sur la banquise à la lueur de nos lampes frontales. Nous marchons jusqu’à un grand iceberg dont une des faces est verticale. À l’aide d’une ancienne caméra, nous projetons un film muet de Georges Méliès sur la glace. Puis, nous allumons des flambeaux et rentrons à la base sous les aurores australes. C’est un moment d’une poésie inoubliable.

Le traité sur l’Antarctique

La signature du traité sur l’Antarctique en 1959 assure la protection du continent, interdisant toute revendication territoriale et exploitation minière, dédiant ce territoire désert à la paix et aux sciences.

Crédits photos : © Daphné Buiron

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