Interview de Rodolphe Guignard, Auteur du livre "Immersions" | Magazine PONANT

Le globe-trotteur sous-marin

Amoureux de plongée sous-marine, Rodolphe Guignard ne sort jamais en mer sans son appareil photo. Cet amateur éclairé livre dans son premier ouvrage, Immersions, le fruit de quinze ans de clichés collectés autour du monde. Rencontre avec un passionné d’images et de ses tête-à-tête avec de fabuleux animaux et végétaux.

Immersions de Rodolphe Guignard

Quel est votre premier souvenir de plongée ?

Avant ma première « vraie » plongée sous-marine, autour de 10 ans, j’ai eu une révélation la première fois qu’on m’a mis la tête sous l’eau. J’avais déjà une passion pour la mer, à 5 ans, et un ami de mes parents m’a immergé alors que je portais un masque. J’ai découvert un nouveau monde dans quelques centimètres de profondeur !

La photo sous-marine est venue naturellement ?

Après avoir passé mes niveaux, j’ai fait de la plongée par loisir. Il y a une quinzaine d’années, je suis parti en Polynésie plonger avec mon épouse. J’ai loué un caisson avec un caméscope, à ce moment-là, vraiment pour ramener des souvenirs. Et puis un ami, photographe professionnel, m’a transmis le « virus » de la photo.

Comment en êtes-vous venu à faire un livre ?

Au fil des années, étant devenu un « globe-trotteur sous-marin », j’ai accumulé beaucoup de photos dans mon ordinateur, que je partageais avec mes proches. Ils m’ont incité à les dévoiler au plus grand nombre. L’idée est la même avec le livre : je veux partager ce que je vois sous l’eau, avec mon œil d’amateur et cette sorte d’innocence que j’ai en comparaison des professionnels.

Votre passion implique d’être souvent en voyage ?

Pour deux raisons : je travaille dans l’univers de la télévision, et je suis souvent en tournage. Quand je pars pour le travail, j’essaie de rester deux-trois jours supplémentaires à destination pour ne faire que de la photo. Je combine avec mes voyages privés et familiaux, pour lesquels nous choisissons des destinations qui ne sont jamais éloignées de la mer !

Le livre montre beaucoup de très belles rencontres de plongée. Quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ?

Dans le livre, les rencontres les plus émouvantes que j’ai pu faire sont souvent prises en noir et blanc, cela correspond à des émotions particulières. Donc parmi celles-ci les raies mantas, les espadons ou certains requins y figurent. Mais j’aime tout ce que je vois sous l’eau, même les toutes petites créatures. Je me suis déplacé jusqu’au fin fond de la Papouasie pour photographier les hippocampes pygmées qui font 1 cm de long. Je suis en partance pour la République dominicaine où je vais photographier des baleines. 1 cm, 15 mètres, tout m’intéresse, y compris la flore.

Comment se passent les rencontres ?

J’ai une approche très humble de la mer et l’océan. Je suis un étranger dans ce monde ; quand vous êtes équipé d’un appareil photo assez encombrant dans l’eau, vous faites du bruit avec les bulles, vous faites peur aux animaux plus qu’autre chose, y compris les gros prédateurs. J’essaie de me fondre au maximum dans leur élément. Oui, je cherche à avoir des interactions, à créer la curiosité de l’animal envers moi, mais en aucun cas c’est moi qui m’approche, c’est toujours lui que j’attends. Parfois il ne se passe rien, mais ça, on va dire que ça ne se provoque pas, c’est la magie de la nature.

Dans le livre, vous évoquez certaines rencontres un peu « rock’n’roll ». Comme votre plongée au milieu des requins en Afrique du Sud…

Ce sont des conditions qui ne sont pas simples. Vous êtes dans de l’eau froide, souvent agitée, trouble, on ne voit pas grand-chose, c’est rempli de requins dans tous les sens, et vous devez gérer en premier lieu votre sécurité, en deuxième lieu votre matériel, et le but est quand même de rapporter les plus belles photos. Les requins viennent au contact, même s’ils ont bien plus peur de vous que l’inverse, ils viennent par curiosité, ils vous rentrent dedans. J’ai aussi connu des moments impressionnants avec des espadons, au Mexique, pendant le « Sardine Run », la migration du mois de février. Ces poissons sont les animaux les plus rapides du monde, et nagent en pointe à 110 kilomètres/heure. Les sardines viennent se coller à vous, les espadons passent tout près avec leurs rostres, qui sont de véritables épées…

Quel animal rêveriez-vous de photographier ?

Les baleines, que je vais photographier prochainement. Ce sera une grande première, c’est quelque chose de mythique pour un plongeur, je pense vivre des moments assez forts. Ce que j’ai en tête actuellement c’est une nouvelle plongée avec les orques, c’est une de mes plus belles rencontres, même si elle a été très brève ; j’avais fait ça l’an dernier en Norvège, au mois de janvier. J’ai besoin de passer plus de temps pour prolonger ce moment inoubliable. J’ai également envie de photographier des crocodiles et des anacondas dans les rivières. J’ai beaucoup d’autres animaux dont je rêve aussi, pour l’avenir.

Photo sous-marine : 5 conseils de Rodolphe Guignard

Comment adapter son matériel ? Le numérique nous permet de regarder la photo sous l’eau via l’écran, de valider le cadrage ; c’est un bon facilitateur. L’un des problèmes en photo sous-marine c’est que vous ne pouvez pas changer d’objectif sous l’eau. Dans mon cas c’est soit le grand-angle, soit la macro. Si vous êtes équipé en macro et que vous croisez une baleine, vous ne pouvez rien faire.

Faut-il être un plongeur aguerri ? Il faut être à l’aise. À part le matériel qui est encombrant, et qu’il faut gérer, on peut se mettre à la photo sous-marine avec un niveau 1 et quelques plongées.

Faut-il descendre profondément ? C’est une question qui revient souvent, et qui n’a pas vraiment de sens : ce qu’il y a de plus beau à voir sous l’eau se situe entre 0 et 10 mètres, là où il y a de la lumière et de la vie. Les plus belles rencontres que j’ai faites sous l’eau étaient dans de faibles profondeurs.

Quelle documentation ? Dans mon cas, je me documente sur les espèces que je vais voir, les saisons, et donc les bons moments pour plonger à telle ou telle destination. J’aime les rencontres atypiques et faire des choses que peu de gens font, donc je planifie mes propres expéditions, et je recherche par conséquent les bons contacts sur place.

Et la frustration ? La photographie sous-marine est une pratique un peu ingrate, parce que vous composez avec beaucoup de paramètres naturels. Il faut réunir toutes les bonnes conditions, et 99 % du temps ce n’est pas le cas. Mais quand vous tenez une belle photo, la satisfaction est exceptionnelle.


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