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Le kayak en mer polaire

4000 ans de culture groenlandaise

Lorsqu’on dit « kayak », on pense le plus souvent à cette petite embarcation légère, courte et à fond plat, objet de pratique sportive et source de loisir estival sur les eaux vives des rivières. Mais, il y a près de 4000 ans, le kayak ou qajak était un moyen de locomotion, de chasse et de pêche indispensable à la vie des peuples inuits du cercle Arctique. Une embarcation ancestrale qui tend à disparaître mais qui reste aujourd’hui un symbole de la réappropriation culturelle groenlandaise. Rencontre avec Yann Lemoine, guide kayakiste au sein de la compagnie PONANT, passeur passionné du patrimoine groenlandais, rompu aux techniques de construction de kayak traditionnel.

L’Arctique, le berceau du kayak de mer

C’est sur les terres inuites, il y a de cela près de 4000 ans, que les peuples autochtones ont confectionné les premiers kayaks, un qajak étant un « bateau de peau » en inuktitut. Des embarcations construites à partir de peaux de phoques graissées, cousues et tendues sur une structure en bois flottés, assemblés avec des chevilles en bois et ligaturés par des liens en cuir. « Et quand il n’y avait pas assez de bois, explique Yann Lemoine, on utilisait de l’ivoire, des os d’animaux, des bois de caribous… Soit à peu près tout ce qui était rigide et que l’on pouvait sculpter. » Ces canots étaient ainsi un moyen de se déplacer rapidement et avec agilité dans les eaux glacées du Grand Nord, pour le transport, la pêche et la chasse : poissons, phoques, narvals et bélugas mais aussi ours et caribous. Tantôt long et stable pour naviguer dans les eaux libres, tantôt court, léger et maniable pour évoluer dans la glace dérivante, chaque kayak était différent, construit sur mesure afin de « coller » au mieux à la morphologie du chasseur et ainsi lui assurer un maximum de manœuvrabilité.

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Le kayak de mer : une tradition retrouvée

Si cette embarcation ancestrale reste aujourd’hui vitale pour certains peuples du Grand Nord, elle a malgré tout tendance à disparaître au profit des petites barques à moteur. Il n’en reste pas moins que le kayak traditionnel demeure selon Yann Lemoine « l’un des principaux ambassadeurs du génie des cultures circumpolaires ». Il en veut pour preuve le retour aujourd’hui aux techniques de construction traditionnelles. Techniques auxquelles il a lui-même été initié par des maîtres kayakistes inuits notamment, lors de ses nombreuses expéditions groenlandaises. Et les faits sont là : « À toujours vouloir réinventer l’eau chaude, on finit par revenir à l’eau froide des Inuits », ironise-t-il. Les kayaks que l’on utilise présentent des caractéristiques techniques plus qu’inspirées des formes traditionnelles. Ce sont quasiment des copies. » Il y a notamment cette coque en « V », dite « à bouchain vif », avec une carène1 anguleuse. « De quoi rendre le kayak plus stable et manœuvrant mais aussi plus fluide dans l’eau et silencieux. » Et il y a aussi cette pagaie groenlandaise en bois, une pagaie dite « à effet de portance » qui, il y a 4000 ans de cela, présentait déjà le profil d’une aile d’avion. « On en a deux exemplaires que nous faisons essayer aux passagers pour les immerger un peu plus encore dans cette culture et cette histoire du kayak polaire. »

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Kayak inuit : un patrimoine réhabilité au Groenland

Cette culture et cette histoire, Yann Lemoine s’évertue à les réhabiliter et à les réintroduire jusqu’aux cœurs mêmes de villages inuits. « J’ai rassemblé tout un patrimoine que je m’efforce, humblement, de restituer à qui de droit. » Une démarche qui vient directement s’inscrire dans celle de Kamp Absalonsen, grand maître kayakiste à qui l’on doit, dès le milieu des années 1980, le renouveau du kayak traditionnel au Groenland. C’est lui qui, à une époque où le territoire revendiquait à nouveau son particularisme face au Danemark, a fait de la pratique « loisir » du kayak traditionnel le fer de lance d’une réappropriation culturelle et linguistique. « Aujourd’hui, le Groenland compte plusieurs clubs de kayak assez pointus et chaque année y sont organisés les championnats internationaux de kayak groenlandais. Une épreuve exceptionnelle à voir ! »

Face à face avec la glace

Voilà maintenant près de cinquante ans que Yann Lemoine s’est assis dans son premier kayak. Et plus de trente qu’il en a fait son métier et son art de vivre. Trente ans, tout particulièrement, de passion pour ces grands espaces de liberté que sont les terres polaires. « Je crois, en toute subjectivité, que le kayak de mer est l’un des meilleurs outils pour appréhender les glaces. » Pratiquer le kayak en mer polaire, c’est revenir à la source, là où tout a commencé. C’est glisser, assis sur l’eau, pour se retrouver seul face à la glace, au plus près de l’élément. C’est pouvoir la toucher, admirer ses couleurs fabuleuses, écouter ses crépitements, sentir ses odeurs – « car oui, la glace a une odeur ! » – et, dans la transparence des eaux arctiques, c’est pouvoir prendre la mesure de ses dimensions tant aériennes que sous-marines. Le kayak n’est pas une fin en soi, c’est un outil. Un outil de transmission et de sensibilisation à la protection de la nature. Mais « cet outil permet aussi d’ouvrir des portes vers de nouvelles sensations. Face à la glace, on se retrouve comme face à soi-même. C’est de l’ordre de la contemplation. Chacun peut vivre dans le silence sa propre émotion, indépendamment de celle de l’autre. »

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Le kayak avec PONANT : entre tradition et renouveau

Déjà organisées dans le cadre des différentes croisières d’exploration de la compagnie, les sorties en kayak de mer s’apprêtent à entrer dans une nouvelle dimension avec l’arrivée, au sein de sa flotte, du Commandant Charcot. De nouvelles odyssées polaires en perspective aux confins du monde connu et, pour Yann Lemoine, autant de nouveaux paradis glacés à découvrir et partager. Il y a notamment ce passage du Nord-Ouest qui l’émoustille déjà. « Peut-être l’occasion de pratiquer avec les Tchouktches, autres grands seigneurs du kayak ? » L’occasion, en tout cas, de s’aventurer au-delà de l’exploration et de pousser un peu plus loin encore au cœur des glaces l’histoire du kayak polaire.

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(1) Partie immergée de la coque d’un navire.

Crédits photos : © Istock / © Ian Dawson / © Studio PONANT

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