« Les pôles sont un miroir de notre humanité »
Explorateur polaire et plongeur sous glace, Alban Michon a fait du froid son terrain de jeu et d’expérimentation, de l’Arctique à l’Antarctique,en passant par le mythique Passage du Nord-Ouest dans le grand nord canadien. PONANT EXLPORATIONS lui a proposé de redécouvrir le Groenland lors d’une croisière d’expédition, afin de partager avec les passagers sa passion pour les pôles. Sobriété et écoute de la nature sont les maîtres mots de sa philosophie.
Vous vous définissez davantage comme explorateur qu’aventurier. Pourquoi ?
J’ai mis du temps à faire cette distinction, mais elle me semble essentielle. L’aventure relève souvent de l’exploit sportif : traverser une région, battre un record, repousser ses limites. L’exploration, elle, s’inscrit dans la durée, avec une démarche scientifique et une volonté de comprendre.
L’explorateur avance lentement. Il observe, mesure, prélève. Quand je pars en mission, j’emmène des instruments scientifiques : c’est une manière de contribuer à la connaissance des pôles, pas seulement de les traverser. On n’est alors plus dans l’idée de repousser ses limites, mais plutôt son regard. Comprendre plutôt que conquérir : voilà où commence la véritable aventure humaine.
Comment est née votre passion pour la plongée et, plus tard, pour la glace ?
Je suis originaire de Troyes, donc personne ne plongeait dans ma famille. C’est sans doute le commandant Cousteau qui m’a donné envie de plonger. J’ai commencé dans une piscine, et j’ai trouvé ça magique. Ma première plongée sous glace, c’était le 31 décembre 1996, dans un lac gelé. Ma combinaison n’était pas étanche, donc j’ai eu très froid, mais malgré cela, j’ai ressenti un émerveillement total. D’ailleurs, j’ai récemment retrouvé mon carnet de plongée de l’époque et j’avais écrit : « génial, extraordinaire, dingue, merveilleux ». Je découvrais un autre monde. Et j’ai très vite su que j’y reviendrais.
Sous la glace, un monde à explorer
Avant de devenir une figure incontournable de l’exploration polaire, Alban Michon a fondé, à Tignes, la première école de plongée sous glace au monde. Il y formait, dès ses 22 ans, plongeurs et scientifiques à évoluer dans des environnements extrêmes. Depuis, il n’a cessé d’allier exploration, pédagogie et transmission.
Qu’est-ce qui vous attire tant dans les régions polaires ?
Cela n’est en aucun cas les températures ! D’ailleurs, comme Paul-Émile Victor,la préparation, le craquement de la glace, le vent, cette impression de se dépasser. Puis on pénètre dans un univers où l’on fait corps avec l’environnement. Et après coup, on réalise qu’on vient de vivre quelque chose d’unique. C’est une expérience totale : physique, mentale, émotionnelle.
Vous avez participé à plusieurs grandes expéditions. Quelles ont été les plus marquantes ?
Trois me viennent en tête. La première, c’est avec Under The Pole I (un programme d’exploration sous-marine, ndlr), au pôle Nord, où je m’occupais de la partie plongée. Dans un autre registre, j’ai traversé le Groenland Est en kayak, en 51 jours et en autonomie totale avec mon ami caméraman, Vincent Berthet. Là-bas, j’ai plongé sous les icebergs. Et puis il y a le Passage du Nord-Ouest, bien sûr, que j’ai parcouru seul pendant deux mois, en plongeant sous la banquise pour prélever du plancton. Ces expéditions m’ont appris la patience, l’humilité et l’importance de laisser une trace utile.
Under The Pole, la plongée au service de la science
Programme d’exploration expert en plongée profonde, Under The Pole conduit depuis plusieurs années des missions de recherche scientifique, d’innovation et de sensibilisation dans les régions polaires et tropicales, afin de mieux connaître et préserver les océans.
Quel regard portez-vous sur les évolutions du monde polaire ?
Ce que j’ai observé en plongée m’a fait comprendre à quel point chaque dixième de degré compte. Lors d’une expédition, on a vu la glace changer en quelques semaines : plus arrondie, plus friable, simplement parce que la température de l’eau avait augmenté de 0,2 °C. C’est infime, mais cela bouleverse tout. C’est via ces observations, sans doute, que j’ai compris qu’il fallait aller au-delà du récit d’aventure : récolter des données, travailler avec les scientifiques, comprendre comment ces changements affectent la planète. C’est devenu le cœur de mon engagement.
Je ne suis pas chercheur, mais je vais là où ils ne vont que très rarement car ce sont des endroits difficiles d’accès. Je récupère des échantillons, je mesure l’épaisseur de la glace, je suis leurs protocoles.
Pouvez-vous nous en dire plus sur votre collaboration avec les chercheurs ?
Je me vois comme un “ouvrier scientifique ». Je ne suis pas chercheur, mais je vais là où ils ne vont que très rarement car ce sont des endroits difficiles d’accès. Je récupère des échantillons, je mesure l’épaisseur de la glace, je suis leurs protocoles. C’est une chaîne de savoir. Et je crois beaucoup à cette alliance entre exploration et science. On a besoin de comprendre le monde polaire pour protéger le climat global : la banquise agit sur la planète. C’est une base architecturale du climat.
Qu’est-ce qui, aujourd’hui encore, vous fait entrevoir l’avenir, notamment sur les questions du climat, avec espoir ?
Je suis optimiste parce que j’ai vu que l’action pouvait porter ses fruits : nous avons su presque résorber le trou dans la couche d’ozone, créer des réserves marines… Alors, pourquoi pas continuer ? Mon grand projet, c’est Biodysseus, une station scientifique sous-marine installée sous la glace, afin d’étudier le monde polaire de l’intérieur. Être littéralement au cœur du réacteur climatique dont je parlais plus haut, voilà ce qui, à mon sens, représente l’exploration. Avec, encore et toujours, la volonté de comprendre.
Crédits photos : ©andyparant.com ; ©Thomas Vollaire
PONANT vous y emmène
Cap sur les étendues glacées les plus inexplorées.



