Un passage au cœur de l’histoire grecque
Perle d’ingénierie aux allures de gorges millénaires, le canal de Corinthe relie le golfe de Corinthe et la mer Ionienne (à l’ouest) au golfe Saronique et la mer Égée et les Cyclades (à l’est) en séparant la péninsule du Péloponnèse (au sud) de la Grèce continentale (au nord). Une navigation en forme de remontée dans le temps, entre eaux turquoise et falaises dorées.
Un rêve antique
Langue de terre de six kilomètres qui marque l’entrée du Péloponnèse, l’isthme de Corinthe constitue dès l’Antiquité un passage commercial et militaire stratégique pour les cités environnantes. Au VIe siècle av. J.-C., le tyran Périandre, qui dirige Corinthe, le dote d’un diolkos, rampe sur laquelle on fait rouler à bras d’hommes les navires qui souhaitent passer d’une mer à l’autre.
Pendant plusieurs siècles, ce dispositif permet d’éviter le long contournement de la péninsule. Il est toutefois extrêmement laborieux. Au premier siècle de notre ère, l’empereur Néron tente de le remplacer par un canal, sans succès : le coût et les difficultés techniques ont raison de son ambition.
Un succès moderne
C’est au XIXe siècle que resurgit l’idée, une fois la Grèce libérée du joug ottoman. En 1869, peu après l’achèvement du canal de Suez, le gouvernement grec adopte une loi en faveur d’un projet similaire sur l’isthme de Corinthe. Il faut toutefois attendre 1882 pour que les travaux commencent… en suivant un plan très proche du tracé imaginé sous Néron.
Des difficultés financières interrompent l’excavation en 1889, mais elle reprend en 1890, grâce à des fonds fournis par des banques privées françaises et grecques, pour s’achever trois ans plus tard. C’est à un chalutier français, le Notre Dame du Salut, que revient l’honneur du voyage inaugural. Un autre bateau tricolore, le Belem, franchit le canal en 2024, chargé de la flamme olympique en route pour Paris.
Une navigation spectaculaire
Le canal de Corinthe est aujourd’hui principalement réservé à la plaisance. Les croisements y sont interdits : les bateaux qui arrivent par l’ouest attendent leur tour à Posidonia, les autres à Isthmia, avant d’être autorisés à entrer dans le défilé.
Ce qui frappe d’abord, c’est la majesté du site. Deux murs de pierre dorée encadrent une eau couleur de lagon, comme si le travail de l’humain avait eu pour seul motif de révéler une beauté naturelle trop longtemps enfouie. La vitesse étant limitée à six nœuds, les navigateurs ont tout le loisir d’admirer le cadre. Partout, les marques de l’histoire se dessinent au creux de la roche. Ici, des traces laissées par les travailleurs du XIXe siècle. Là, les reliefs de la tentative de Néron. Ailleurs, le travail de l’eau et du vent. L’étroitesse du sillon, à 24 mètres maximum, encourage encore cette intimité avec le passé.
La traversée de ses 6,3 kilomètres est brève, un voilier de plaisance pouvant parcourir le canal en trente minutes. Lorsque les falaises s’ouvrent et que la sortie apparaît, on a pourtant l’impression d’avoir vécu une étape essentielle et inoubliable du voyage. Peut-être parce que l’on a senti battre le cœur de la Grèce éternelle.
Crédits photos : Studio PONANT-Nicolas Leconte ; iStock – Alika Obrazovskaya
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