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portrait de Dominique Bluzet - Photo Caroline Doutre

Rencontre avec Dominique Bluzet

Faire dialoguer le sacré, la musique et la mer

Invité à partager à bord d’une croisière PONANT EXPLORATIONS en Grèce sa passion pour les arts vivants, Dominique Bluzet, Directeur du pôle de spectacle vivant Les Théâtres à Marseille et à Aix-en-Provence, mais aussi cofondateur du Festival de Pâques, évoque son parcours et sa vision de la culture : une culture qui rassemble.

Comédien, metteur en scène, directeur de théâtre dès vos 23 ans… Votre parcours d’homme de théâtre ne vous prédestinait pas, à première vue, à diriger un festival de musique classique…

Et pourtant, la musique a toujours été là, avec moi. D’ailleurs, j’ai mis en scène des opéras – une de mes grandes passions – très tôt dans ma carrière. Quand le projet du Grand Théâtre de Provence à Aix-en-Provence a vu le jour, j’ai posé ma candidature en 2007, non pas pour la musique en elle-même, mais pour l’outil. Je voulais construire un lieu capable d’embrasser toutes les formes du spectacle vivant : théâtre, danse, musique, cirque… Un outil de territoire, au service de toutes les générations. Nous voulions imaginer, dans le sillage de MP2013 Marseille Capitale Européenne de la Culture, un événement pérenne. Notre ambition était d’attirer les visiteurs sur le territoire en amont de la saison estivale, en faisant d’Aix-en-Provence le Salzbourg français.

Dominique Bluzet sur scène avant un concert à la Cathédrale d’Aix
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Plus on injecte de culture dans une société, plus on amène les gens à réfléchir.

En quoi votre attachement pour le territoire d’Aix-en-Provence et Marseille guide-t-il votre travail ?

C’est une forme de militantisme. J’ai voulu démontrer qu’en Provence aussi, on pouvait entreprendre culturellement, et bâtir un modèle qui n’existe nulle part ailleurs : cinq théâtres, un festival et une association qui fédère les amis et mécènes du spectacle vivant (Assami.org). Pour moi, la culture ne relève pas seulement de son aspect artistique. C’est un outil de démocratie, d’attractivité, de solidarité. Plus on injecte de culture dans une société, plus on amène les gens à réfléchir. Et plus ils réfléchissent, moins, ils se laissent happer par les extrêmes.

Comment, d’ailleurs, vous est venue cette idée de Festival ?

C’est dans cet état d’esprit qu’a germé la création du Festival de Pâques en 2013, avec le violoniste Renaud Capuçon (avec le soutien du CIC, partenaire-fondateur).
Dès le départ, en choisissant le moment de Pâques, nous avions conscience d’un rendez-vous important dans le rythme d’une année. Pâques, c’est la vie, la mort et la résurrection, et donc en quelque sorte l’occasion d’interroger notre rapport au sacré. Pour moi, la musique doit toujours raconter quelque chose, solliciter une pensée. 

Renaud Capuçon, violon et le chef d’orchestre Lahav Shani

Comment se traduit ce « rapport au sacré » dans une aventure musicale comme le festival de Pâques ?

J’ai la conviction qu’au-delà de la programmation musicale, notre rôle est également de créer un dialogue entre artistes, penseurs et public. Cela me semble même essentiel, qui plus est dans des temps parfois compliqués comme ceux que nous traversons actuellement. Nous organiserons, dans cette optique, des tables rondes dont les réflexionsgraviteront autour du thème « sacré, divin et musique ». C’est aussi cela, la musique : s’interroger, entre autres, sur la condition humaine, et donc relier les êtres. 

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La musique est une navigation intérieure.

Quel lien entrevoyez-vous entre la musique et la mer ?

Je crois que la mer et la musique ont ceci de commun qu’elles invitent au voyage. Aller d’île en île, c’est un peu comme passer d’œuvre en œuvre :on traverse, on découvre, on médite. Les Grecs avaient déjà lié art, beauté et sacré dans leurs représentations. Pour moi, la musique est une navigation intérieure. Et puis, la mer, c’est aussi la liberté – la plus belle métaphore de ce que doit être l’art. 

 Jordi Savall invité de l’édition 2026 du Festival de Pâques

Y-a-t-il des œuvres qui, selon vous, évoquent particulièrement la mer ? 

Il y en a beaucoup ! Claude Debussy, évidemment, avec La Mer. Et Charles Trenet, bien sûr, avec un autre titre éponyme (il se met à chatonner, ndlr) :« La mer qu’on voit danser le long des golfes clairs… » C’est une chanson universelle, un hymne à la liberté. Je pense aussi à Jacques Brel, avec Les Marquises. Ce titre, du début à de la fin, parle autant de la mer que du sens de la vie. Tous ces artistes et morceaux, à leur manière, traduisent ce lien intime entre la musique et l’océan. 

Quel est votre plus beau souvenir en tant que directeur du Festival de Pâques ? 

Sans hésiter, la rencontre entre ces deux géants du piano que sont Martha Argerich et Daniel Barenboim, en 2013. Ils sont amis d’enfance, mais n’ont pourtant joué ensemble qu’à de très rares occasions. Lors d’un concert à Aix-en-Provence, ils se sont retrouvés, par surprise, à quatre mains sur un piano, pour un moment suspendu. La salle était sidérée, émue aux larmes, comme je peux l’être en vous en parlant, d’ailleurs…  

Pour finir, que souhaitez-vous au monde du spectacle pour les années à venir ?

Que la société redonne du sens à la culture. Être cultivé, ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité démocratique. Nous vivons dans un monde où la technologie progresse, mais où la pensée s’appauvrit. Or, le jour où l’on cessera de penser, on cessera d’être libre. L’art, c’est tout simplement ce qui nous empêche de devenir des machines et nous maintient humains. 

Le Festival de Pâques en quelques notes

Créé en 2013 à Aix-en-Provence à l’initiative de Dominique Bluzet et Renaud Capuçon, avec le CIC, partenaire-fondateur, l’événement s’est imposé comme un rendez-vous majeur de la musique classique en Europe. Grands orchestres internationaux, jeunes talents, actions pédagogiques et sociales : il conjugue exigence artistique et ouverture.  

Crédits photos : @ Caroline Doutre ; Philippe Matsas

macareux moines dans une prairie surplombant la mer en Islande

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AUTEUR
Damien Guillou

Damien Guillou vit et travaille à Marseille, d’où débute toutes ses aventures de voyages. Ses souvenirs les plus marquants ? La traversée de la Namibie, les étendues saisissantes du  désert de l’Atacama au Chili et les routes de Nouvelle-Zélande, l’immensité du Salar d’Uyuni en Bolivie, ou encore l’enivrante atmosphère de la Grosse Pomme.  

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