Rencontre avec Nicolas Dubreuil, Directeur des croisières d’expédition

De la phase de conception aux repérages à terre, une croisière se concrétise grâce à plusieurs étapes cruciales

 

Spécialiste des régions polaires, et en particulier du Groënland, Nicolas Dubreuil est Directeur des croisières d’expédition et Chef d’expédition chez PONANT. Il évoque les conditions dans lesquelles celles-ci sont conçues, depuis l’idée de départ jusqu’à leur mise en œuvre. Le tout, dans une optique de réduction de l’impact environnemental et de respect des populations locales.

 

Quelle est l’importance de la phase de conception, dans l’élaboration des croisières expédition ?

Nicolas Dubreuil : La phase de conception, c’est à la fois la partie immergée de l’iceberg en termes de responsabilité environnementale, et une étape cruciale. Avant de construire un navire, il est essentiel de savoir où il va naviguer et quels vont-être ses objectifs. La marque de fabrique de PONANT, c’est en effet d’aller là où les autres ne vont pas, d’accéder par la mer aux trésors de la Terre. Cela entraîne en retour une responsabilité énorme vis-à-vis des personnes embarquées, des zones où l’on projette de partir et des habitants qui y vivent. Promettre d’emmener des passagers, là où personne ne va, cela implique d’abord de savoir… pourquoi personne n’y va !

Quelles sont les grandes étapes lors de la phase d’élaboration ?

Nicolas Dubreuil : La création d’une croisière, découle d’abord d’une idée. Elle est inspirée par exemple par un récit de voyage lu dans le carnet d’un naturaliste du XVIIe siècle, qui me donnera envie de partir sur ses traces… Avec les passagers. Nous construisons nos croisières comme un film : avec une intrigue, des rebondissements, des moments difficiles, des joies… On ne se contente pas de naviguer d’un bel endroit à un autre. Nous privilégions au contraire un cheminement très scénaristique.
La deuxième étape est plus institutionnelle : nous vérifions avant toute chose la faisabilité de l’idée de départ d’un point de vue « nautique ». Certaines régions du monde n’ont pas été cartographiées depuis longtemps par exemple, comme les Iles Eparses au large de Madagascar, dans l’océan Indien. En Antarctique, les cartes maritimes datent de l’époque du commandant Jean-Baptiste Charcot, dans les années 30… Nous interrogeons ensuite les ambassades et les associations des pays, pour connaître les éventuels risques pour la faune, la flore ou les populations locales. Il faut qu’elles acceptent d’accueillir un navire de 200 passagers.

 

Ce n’est pas toujours le cas ?

Nicolas Dubreuil : Certains villages Nunavut, à l’extrême nord du Canada ne souhaitent plus être contactés. Ils ont souffert de la perception des Européens, vis-à-vis de la chasse aux phoques. Des associations comme Greenpeace, la Fondation Brigitte Bardot et l’UE ont dénoncé la vente d’objets en peaux de phoques. Depuis lors, ces peuples ne veulent plus recevoir de passagers.
Un village d’autochtones de Tchoukotka, au nord-est de la Sibérie, est dans la même posture. Ils avaient hissé sur la terre une baleine, tout juste chassée. Ils la dépeçaient pour nourrir les habitants du village, comme ils le font depuis des générations, lors d’une escale d’un bateau de croisière. Des passagers ont filmé la scène et l’ont diffusée sur les réseaux sociaux, quelques semaines plus tard. Cela a provoqué des commentaires haineux de la part des internautes. Depuis, ils ne veulent plus voir personne.

 

Vous avez, lors de cette phase de conception, une responsabilité énorme…

Nicolas Dubreuil : Oui. Cette phase très théorique se double d’un travail de précision chirurgicale, parce que notre venue entraîne parfois des implications très importantes comme je l’indiquais précédemment. Le facteur prix est également décisif. Nous devons donc arbitrer en permanence, entre notre désir d’offrir aux passagers une croisière d’exception, dans des lieux inédits, et des impératifs comme le budget ou les points d’avitaillement. Pourra-t-on trouver de la nourriture et du carburant, lors des escales ? Existe-t-il un risque de pénurie pour les populations qui y vivent, après notre passage ? Un autre point important concerne les déchets, triés et compactés à bord des navires : le port dans lequel nous escalons est-il en mesure de les évacuer, après que nous les ayons traités ? Ou devons-nous au contraire les déposer dans le suivant ?

Durant cette phase de conception, comment intégrez-vous la diversité des origines des passagers ?

Nicolas Dubreuil : Nous avons jusqu’à dix nationalités présentes parmi les passagers sur certaines croisières. C’est autant d’attentes différentes : une barrière de corail n’a rien de surprenant pour un Australien. Beaucoup d’Anglais sont passionnés d’ornithologie et ont une connaissance dans ce domaine bien supérieure à un Français : une population d’oiseaux émerveillera en conséquence les premiers mais lassera rapidement le second… Le défi est de couvrir le spectre de l’écosystème dans son ensemble (géologie, histoire, botanique…) pour que chaque passager débarque de nos croisières avec le sentiment qu’il a réalisé le voyage de sa vie.

 

Comment se déroule la phase de repérage ?

Nicolas Dubreuil : Nous partons sur le terrain durant plusieurs semaines, afin d’identifier des prestataires locaux sur lesquels nous appuyer. Nous allons à la rencontre des populations locales et nous leur demandons ce qu’elles ont envie de montrer. La réalité du quotidien des habitants, dans des zones reculées est parfois à rebours des idées reçues : je me souviens d’un village en Alaska où ils étaient très fiers de me présenter une démonstration… de hiphop. On était loin de la danse du tambour !
L’objectif est de montrer aux passagers le monde tel qu’il est et cela passe par un travail collaboratif avec les autochtones, sans leur fixer de limites. Ils sont souvent très flattés et honorés que des étrangers souhaitent les rencontrer. Je leur demande aussi ce qu’ils aimeraient recevoir, en échange. Certains désirent une somme d’argent, ce qui est parfaitement légitime. D’autres requêtes sont plus insolites: en Amazonie, un agriculteur souhaitait par exemple un moteur pour sa pirogue, afin d’emmener les enfants à l’école !

Comment l’impact environnemental est-il évalué lors de la conception d’une croisière ?

Nicolas Dubreuil : Nous réalisons systématiquement un inventaire de la biodiversité des lieux sur lesquels nous prévoyons de débarquer : la flore, la faune, la géologie… afin de réaliser une étude d’impact environnemental. Nous vérifions aussi, lors de cette phase de recensement, la présence éventuelle d’animaux dangereux et l’état des écosystèmes afin de nous assurer que le débarquement de 200 passagers sera sans risque. Nous prévoyons également des voies d’accès et de cheminement : l’enjeu est de minimiser notre impact environnemental au maximum et surtout, qu’il reste transitoire.

 

Trois ans…

…C’est le temps moyen qui s’écoule, entre les phases de repérage d’une croisière expédition et sa concrétisation.
Chaque année, entre cinq et six nouvelles croisières expéditions sont proposées par PONANT.


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