Récit d’un voyage de repérage aux Bijagos | Magazine PONANT

Nicolas Dubreuil en immersion chez le « peuple parfait »

Le 14 septembre 2019, le trimaran à moteur Titaina Explorer a mis le cap sur les îles Bijagos pour mener une mission de repérage et de préparation opérationnelle des itinéraires PONANT qui durera deux ans. Nicolas Dubreuil, directeur du développement durable et expert des expéditions polaires et tropicales de PONANT, chargé du volet environnemental de cette mission, nous raconte son expérience unique vécue au cœur de l’archipel des Bijagos.

Un programme de repérage pour des escales uniques

Afin de proposer à ses passagers des escales inédites, mais aussi d’évaluer et de limiter l’impact environnemental et sociétal des débarquements dans les zones sensibles, PONANT a conçu un programme de repérage baptisé Ponant Discovery. Cette expédition maritime de deux ans a été mise au point avec la société de conseil Océan Consultant d’Olivier de Kersauson. Le volet environnemental de la mission est piloté par Nicolas Dubreuil. Son objectif ? Prendre en compte l’impact des croisières dès leur conception en élaborant une analyse précise et en amont, de tous les éléments constitutifs de la croisière.

Le programme de repérage Ponant Discovery est mené à bord d’un trimaran qui a quitté le port de Brest le 14 septembre 2019 pour débuter son expédition autour du monde. L’archipel des Bijagos, au large de la Guinée-Bissau est l’un des plus préservés et protégés de la planète : c’est là que le navire a débuté sa mission.

Titaina arrive aux Bijagos, le 24 septembre 2019

Nicolas Dubreuil : « Après avoir essuyé quelques tempêtes tropicales, nous voilà arrivés à Bubaque, la « capitale » des Bijagos !

Une fois la visite complète du bateau effectuée, je descends à terre avec Laurent, notre réceptif local, pour négocier nos visas, droits, permis, autorisations, etc… Tout me semble compliqué, avec des tas de tampons et beaucoup de personnes à rencontrer… Mais finalement tout se finit bien… c’est bouclé en même pas 3 heures !

Nous préparons la journée du lendemain… notre première journée d’exploration approfondie : 2 mouillages à vérifier, 3 randonnées à explorer et des tonnes de choses non prévues à venir ! »

Première journée d’exploration sur l’île de João Vieira, le 25 septembre 2019

Nicolas Dubreuil : « L’équipe maritime formée par Olivier, Jean Charles et Benjamin, s’attèlent à faire une hydrographie complète de l’approche pour nous assurer un mouillage sécurisé et le plus proche possible du lieu de débarquement.

L’équipe terrestre, Laurent et moi-même, partons à la rencontre de Claude, un personnage haut en couleur installé sur cette petite île du bout du monde. Nous nous enfonçons prudemment dans une forêt épaisse, à la rencontre de quelques Bijogos qui ont monté un campement temporaire de pêche et de ramassage d’huile de palme. Un campement précaire, mais où l’on retrouve toute l’ingéniosité et l’adaptation de ce peuple formidable.

Ce qui m’a le plus frappé aujourd’hui, c’est la formidable biodiversité qui existe sur un territoire aussi petit. »

Une escale hors du temps et de l’espace, le 26 septembre 2019

Nicolas Dubreuil : « Cette journée est typique d’une journée de repérage, menée tambour battant. Le soir sur le pont, le nez dans les étoiles, on ne sait plus si on a réellement vécu tout ça ou si c’était juste un rêve.

La journée a commencé sous une pluie battante avec la découverte d’une ville d’une poésie incroyable. Bolama, ancienne capitale portugaise abandonnée et réinvestie… Difficile de décrire cette impression étonnante d’évoluer dans une ville coloniale portugaise aux bâtiments à moitié en ruine où la vie a réussi à s’insérer un peu partout… Une ville fantôme, mais à la fois tellement vivante !

Un gros travail de négociation et d’explication afin de trouver des guides pour nous aider lorsque Le Dumont-d’Urville sera sur place… 25 sacs de ciment et nous pourrons participer à la rénovation d’un bâtiment de la capitainerie. Une manière de co-construire un tourisme durable dans cette région.
Après une courte navigation, nous découvrons la plus belle plage des Bijagos. Un lieu encore une fois hors du temps, d’une biodiversité incroyable. »

La Porte de l’Orango, le 27 septembre 2019

Nicolas Dubreuil : « Chaque jour qui passe, nous comprenons pourquoi le peuple Bijogos a été le dernier peuple colonisé de la Guinée Bissau, cette région est une forteresse imprenable ! Nous devons progresser avec une grande prudence et une grande humilité.

L’équipe maritime du Titaina rencontre chaque jour des bancs de sable et des rochers qui ne sont pas hydrographiés. Leur inestimable expérience et notre matériel d’exploration nous permet de faire un relevé précis des fonds et d’assurer les meilleurs mouillages pour nos navires ; les plus sécurisés en fonction des fonds et des courants, mais aussi les plus proches du débarquement pour garantir des transferts rapides.

Aujourd’hui la mer est calme et il fait très chaud. Les conditions idéales pour trouver le chemin qu’empruntera Le Dumont-d’Urville pour mener nos passagers sur l’île d’Orango afin de rencontrer les hippopotames d’eau de mer. Une journée à la recherche d’un passage au milieu des hauts fonds. »

Orango, l’île Reine, le 30 septembre 2019

Nicolas Dubreuil : « Une journée de première importance pour nous !

Avec Laurent et un guide local de l’IBAP (ONG de protection de l’environnement gérant le parc d’Orango), nous partons à la découverte du trésor d’Orango : les hippopotames d’eau de mer.
Comme sur chaque exploration des zones intérieures des îles, la consigne est la même : on suit le guide, on regarde où on marche et on suit ses indications. La faune peut être dangereuse.

L’arrivée sur l’île s’effectue en remontant la mangrove d’un Bolon (bras de mer qui entre dans les terres). Cette longue remontée de plus en plus étroite nous permet d’apercevoir des singes et surtout une quantité incroyable d’oiseaux. Nous atteignons un petit ponton et le village très traditionnel d’Anor, certainement un des derniers endroits au Bijagos où existe cette fameuse société matriarcale. Les paysages sont exceptionnels, on parcourt une superbe savane africaine bordée d’arbres gigantesques (Baobab et fromagers se disputent la partie). La biodiversité est encore une fois absolument étonnante.

Petite difficulté cependant… Nous devons traverser plusieurs marécages, marécages qui seront asséchés au moment où nous y emmènerons nos passagers. Certains sont froids, car en pleine forêt dense, et d’autres chauds car exposé au soleil brulant. Il nous faut aller vite pour ne pas laisser le temps aux sangsues de s’accrocher.

Je sors rapidement et fermement de ce marécage, sans sangsue cette fois. L’arrivée sur cette grande mare où se repose au moins une vingtaine d’hippopotame est une véritable récompense…
C’est un poste d’observation fabuleux ! On voit un énorme mâle, des jeunes, une mère et ses petits… Le tout dans cette savane encore verte et en fleur. Je suis sans voix.

C’est toujours un privilège immense de pouvoir observer un animal sauvage dans son environnement naturel. Je détermine les positions idéales d’observation avec mon guide afin que nous puissions ne pas déranger les animaux et avoir un impact minimal et transitoire.

Le guide de l’IBAP regarde scrupuleusement notre façon de procéder. Puis, il vient me dire que nous devons y aller. Effectivement après 20 minutes sur place, les hippopotames nous font comprendre qu’il est temps de partir. »

Le « peuple parfait », le 3 octobre 2019

Nicolas Dubreuil : « Le Peuple Parfait, c’est ainsi que se définissent les Bijogos (habitants de l’archipel des Bijagos), dernier peuple de l’Afrique de l’Ouest à avoir été colonisé. Un peuple réputé pour sa force et sa détermination.

Aujourd’hui nous partons à la découverte de plusieurs villages afin de co-construire une offre touristique cohérente et pérenne, avec l’aide précieuse de Sonia et Laurent Duriss. Les villages les plus isolés sont situés complètement à l’intérieur des terres. Il faut parfois plusieurs heures de marche dans la forêt vierge pour arriver sur un petit groupe de cases en terre cuite et avec un toit de paille.
La présence des IRAN (esprits) est partout… A l’entrée du village, une petite hutte abrite des esprits, au creux d’un fromager géant on trouve encore des crânes de singes pour protéger le village… On pénètre dans un monde hors du temps, complètement en marge du monde.

Une seule case au milieu du village possède un toit en zinc… : La discothèque ! La vie y est incroyablement bien organisée, un joyeux mélange d’hommes, de vaches, de poules, de cochons, de chiens, de chats…Leur survie dépend directement du riz qu’ils cultivent, de l’huile de palme qu’ils extraient et de la noix de cajou.

Une vie très rudimentaire, mais tellement joyeuse et en harmonie complète avec cette nature si sauvage qui les entourent. Des enfants partout, beaucoup de pauvreté, mais aucune mendicité. C’est grâce au travail de Sonia et Laurent Duriss que nous pouvons construire ensemble cette offre touristique.

Sonia me montre l’école complètement en ruine. Les 2 enseignants ne sont plus payés depuis 2 ans. Ce sont les Duriss qui se chargent de faire venir les profs et de payer leur salaire.
Quand on comprend l’importance de l’éducation, on se dit que l’idéal serait de reconstruire l’école et surtout de prévoir des logements pour les enseignants afin qu’ils puissent venir avec leur famille… Affaire à suivre ! »

La fin d’un voyage et le début d’un autre, le 4 octobre 2019

Nicolas Dubreuil : « Après, une soirée particulièrement agréable où chacun partage ses aventures du bout du monde dans l’incomparable décor de cette magnifique île de Kere, j’abandonne l’équipage du Ponant Discovery. Olivier, Jean-Charles et Benjamin reprennent la mer pour la suite des missions, direction le Cap Vert ! De mon côté, je dois maintenant aller à Bissau, la capitale, pour rencontrer les autorités et m’assurer que tout est en ordre, puis discuter avec les agences gouvernementales de protection de l’environnement. Je ne vais plus me perdre dans la Mangrove, mais dans l’administration Guinéenne ! Une mission tout aussi périlleuse et importante.

Je passe la nuit à Kere pour partir tôt le matin… 2h de pirogue et 3h de 4×4 pour arriver à la capitale Bissau. J’ai l’impression de remonter le temps au fur et à mesure de mon voyage en passant des cases en torchis aux immeubles en béton.

Arrivé à Bissau, je comprends immédiatement que ma mission ne sera pas simple. La Guinée-Bissau essaye tant bien que mal de se remettre de cette guerre civile qui a soudé les 40 tribus qui la composent, mais qui a aussi plongé le pays dans un chaos vertigineux. Je vais passer ma journée entre l’agence CAIA (l’agence gouvernementale de l’environnement), l’IBAP (l’Institut de la Biodiversité et des Aires marines Protégées), le ministère du Tourisme, les autorités portuaires, l’ambassade de France, etc. De longues discussions pour expliquer notre implication vis-à-vis de l’environnement et des populations locales, notre approche de la sécurité, nos procédures de débarquement, notre gestion des déchets… Une grande réunion va avoir lieu et je dois préparer des tonnes et des tonnes de documents pour tout expliquer clairement et faire en sorte que nous puissions avoir toutes les autorisations nécessaires pour emmener nos passagers dans les parcs.

La journée se termine à 1h du matin, je suis épuisé, il fait toujours aussi chaud, le ciel est clair. Assis sur le trottoir, je regarde passer les gens. J’achète un jus de « je-ne-sais-pas-quoi » (le fruit du baobab je crois…). Le petit vendeur rigole car il ne voit jamais de touriste. Il me demande ce que je pense de son pays. Je lui dis qu’il est sublime et que je suis particulièrement ému de l’avoir découvert. Il n’en revient pas que je sois allé sur l’île de Carache dont il est originaire. Il m’offre son bracelet et me salue de cette façon si particulière aux Bijagos : on se sert la main, puis la même main touche son cœur pour dire que l’on garde tout ce qu’il y a de bon entre nous, on se sert à nouveau la main, puis cette fois la même main passe par-dessus l’épaule comme si on jetait quelque chose derrière nous pour dire que l’on oublie tout ce qu’il y a de mauvais entre nous.
Il reprend sa route en riant. Je vais me coucher… Je dois me lever à 3h pour aller à l’aéroport.

Voilà, c’est la fin de mon voyage et le début du vôtre ! Je vous souhaite de vivre toutes ces émotions et de découvrir un jour cette région magnifique ou tout être humain retrouve sa juste place dans la nature.

A bientôt ! »


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